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  • Publié le 14/01/2020 - 15h35
    par Marc Poncin

    CHRONIQUES EMPLOI-FORMATION

    La formation à distance en pleine Ré-évolution (2/2)

    Nous avions abordé lors de notre dernière chronique (1/2) le passage à l’ère de la formation 4.0 et ses déterminants. Ils reposent sur 5 points majeurs.

    Chronique Emploi-Formation : Chapitre VII

    (1) Ré-humaniser l’apprentissage par plus d’accompagnement, (2) combiner davantage les temps individuels, collectifs et collaboratifs pour lutter contre le sentiment d’isolement souvent ressenti en distanciel.

    Mais il faut aussi gérer la motivation des apprenants et la lassitude de certains parcours de formation (3) en utilisant la multimodalité, à savoir présentiel, distanciel et situations de travail. Pour renforcer l’attrait de la formation à distance et sa dynamique, il faut enfin (4) varier les modalités et les mise en forme pédagogiques.

    Tous ces éléments parfois complexes à combiner n’ont pour objectif que (5) d’intégrer la question de l’efficience, voire la mesure de l’efficacité de la formation.

    Mais au-delà de cette première étape de Ré-évolution, la formation à distance permet de réaliser un vieux rêve pédagogique, celui de la formation différenciée.

    L’idée de différenciation est ancienne et a surtout pris son essor dans les années 1970 (Legrand & Meirieu). Elle part du constat que tout groupe d’apprenants est hétérogène et qu’il n’y a jamais deux personnes qui progressent à la même vitesse et de la même manière.

    Face à cela, il y a eu deux orientations. Une première conception individualiste qui permettrait une démarche pédagogique personnalisée pour chaque apprenant. C’est certes séduisant, mais cela relève plus du prof particulier (précepteur).

    Une seconde conception plus systémique qui part de l’idée que l’apprenant doit devenir acteur de ses apprentissages, participer à sa différenciation. Cette autre conception tient compte du fait que la formation se déroule très souvent en groupes et qu’il faut donc offrir des possibilités de choix dans la classe. C’est-à-dire tirer parti du groupe avec l’efficacité du précepteur.

    Pour avancer dans notre démonstration, nous retiendrons donc cette approche plus systémique, puisque par la force des choses, nous ne travaillons pas, en formation diplômante à distance, dans des conditions de précepteurs. Ceci aurait un impact économique trop conséquent pour tous. Il nous faut donc travailler à la fois dans l’individualisation et dans un cadre collectif. Cela nous apporte des repères majeurs pour répondre à la solitude et l’efficience évoquée dans le 4.0.

    Pour progresser dans cette logique … Faisons également appel à la pédagogie de maîtrise ?

    Elle a été développée par Bloom également dans les années 70. Il partait de l’hypothèse que tout apprenant peut arriver à une maîtrise totale ( 85 à 90 % des notions enseignées ), si on lui laisse suffisamment de temps et qu’on utilise les moyens adéquats.

    Pour conduire cette pédagogie de maîtrise, l’enseignement doit être découpé en séquences dont les objectifs sont soigneusement définis. Ensuite chaque séance est divisée en trois temps :

    1) L’enseignement qui doit être divulgué sous différentes formes pédagogiques.

    2) L’évaluation formative sur les objectifs fixés, à travers un temps de feedback.

    3) La remédiation qui après analyse des résultats renvoie à des ressources.

    Cette pédagogie de maîtrise apporte des éléments de construction fort pour le E-learning face au sentiment de solitude, mais nous voyons que cela repose sur une construction pédagogique spécifique et une progression minutieuse.

    Pour mener à bien cette progression, elle devra aussi s’appuyer sur deux dimensions spécifiques :

    - Un suivi rigoureux de la progression pédagogique de l’apprenant.

    - Un tutorat disciplinaire fort (remédiation récurrente).

    Nous en arrivons donc à notre conclusion : Quels sont les déterminants, les composantes d’une formation différenciée 4.0 ?


    1) Mise en place d’un double tutorat : sur la méthodologie d’apprentissage et sur le contenu technique, par deux personnes différentes qui a pour but de renforcer l’efficacité de la formation. Mais il contribue aussi à ré-humaniser la formation à distance et à lutter contre le sentiment de solitude.

    2) Ensuite, il faut également mixer davantage le travail individuel, collectif et collaboratif.

    3) Puis surtout utiliser des méthodes et des ressources pédagogiques variées.

    Ces points 2 et 3 sont sources de plus grande motivation et de meilleure attention.

    4) Le différencié 4.0 est forcément à distance, mais il peut être multimodal, c’est à dire présentiel, distanciel et AFEST.

    5) Prise en compte des particularités et acquis de chaque apprenant. (Aménagement de parcours)

    6) Intégrer à chaque instant la question de l’efficience du parcours, autant pour la réussite des apprenants que pour le retour sur investissements des acheteurs.

    Nous pourrons aborder une prochaine fois les conditions de sa mise en œuvre...

    À votre écoute.